{"id":1953,"date":"2018-06-24T17:28:37","date_gmt":"2018-06-24T17:28:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/?p=1953"},"modified":"2018-06-24T18:45:12","modified_gmt":"2018-06-24T18:45:12","slug":"enquete-de-jean-baptiste-biot-en-1803-sur-lorigine-extra-terrestre-des-meteorites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/?p=1953","title":{"rendered":"Enqu\u00eate de Jean-Baptiste Biot en 1803, sur l\u2019origine extra-terrestre des m\u00e9t\u00e9orites"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: x-large;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">P<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">ar Alexandre Moatti, directeur de la publication de www.science.gouv.fr\u00a0 &#8211; F\u00e9vrier 2008 &#8211;<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/M\u00e9t\u00e9orite.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1959\" src=\"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/M\u00e9t\u00e9orite.jpg\" alt=\"M\u00e9t\u00e9orite\" width=\"800\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/M\u00e9t\u00e9orite.jpg 800w, https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/M\u00e9t\u00e9orite-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Le 7 messidor an XI (26 avril 1803), un m\u00e9t\u00e9ore a paru aux environs de l\u2019Aigle (Orne). Sur les instructions de Chaptal, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Jean-Baptiste Biot, \u00e2g\u00e9 de 29 ans, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences depuis avril, part \u00e0 l\u2019Aigle le 7 messidor (26 juin), pour une mission d\u2019investigation qui durera dix jours.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Son rapport, qu\u2019il lira \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie le 18 juillet, douze jours apr\u00e8s son retour, se pr\u00e9sente comme une v\u00e9ritable investigation polici\u00e8re d\u2019une grande rigueur scientifique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><span style=\"color: #000000;\">Encore en 1790, lors de la chute m\u00e9t\u00e9oritique de Barbotan (Gers), notables et savants locaux se moquaient des dires des paysans, accordant peu de cr\u00e9dit \u00e0 leurs t\u00e9moignages. Certains savants reliaient certaines chutes, comme celle de Sienne en 1798, \u00e0 des \u00e9ruptions volcaniques, comme celle du V\u00e9suve qui avait eu lieu quelques jours avant. Le rapport de Biot est le premier \u00e9crit qui atteste, de la part d\u2019un savant, de la r\u00e9alit\u00e9 extra-terrestre (c\u2019est \u00e0 dire d\u2019origine non terrestre) des chutes de m\u00e9t\u00e9ores.<\/span> <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Tout d\u2019abord, Biot pr\u00e9pare son voyage avec une pierre provenant de la chute m\u00e9t\u00e9oritique de Barbotan :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Je priai le citoyen Ha\u00fcy de bien vouloir m\u2019\u00e9clairer de ses lumi\u00e8res sur ce qui concernait la min\u00e9ralogie du pays que j\u2019allais parcourir.(\u2026) Je partis de Paris le 7 messidor, emportant avec moi (\u2026) un \u00e9chantillon de la pierre m\u00e9t\u00e9orique de Barbotan (p.9-10)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Biot commence ensuite la recherche des indices, en recueillant des t\u00e9moignages oraux dans la population :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Il vit dans le ciel un globe de feu qui parut, par un temps serein, du c\u00f4t\u00e9 de Mortagne, et sembla tomber vers le nord. Quelques instants apr\u00e8s on entendit un grand bruit semblable \u00e0 celui du tonnerre (\u2026) Ce bruit dura plusieurs minutes. (p.11) <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>C\u2019\u00e9tait comme un coup de tonnerre tr\u00e8s fort (\u2026) dont le roulement, accompagn\u00e9 de plusieurs explosions successives, dura cinq ou six minutes. (p.13)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>On a entendu [l\u2019explosion] \u00e0 trois lieues d\u2019Avranches.\u2014 Vous avez donc ou\u00ef-dire cela ? \u2014 Monsieur, je le sais mieux que par ou\u00ef-dire, puisque j\u2019y \u00e9tais.\u2014 Il y a trente six lieues d\u2019Avranches \u00e0 l\u2019Aigle. (p.16)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">La distance entre l\u2019Aigle (Orne) et Avranches (Manche) est en effet grande, trente-six lieues soit environ cent quarante kilom\u00e8tres, et l\u2019explosion est entendue \u00e0 cette distance.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Recueillant ces t\u00e9moignages, Biot examine aussi les pierres ramass\u00e9es par la population :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>De toutes les probabilit\u00e9s recueillies jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent sur la chute des masses m\u00e9t\u00e9oriques, la plus forte r\u00e9sulte de l\u2019accord qui existe entre l\u2019identit\u00e9 de leur composition et l\u2019identit\u00e9 d\u2019origine que les t\u00e9moignages leur attribuent exclusivement. (p.7)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Je lui montrai d\u2019abord celle de Barbotan, et il la reconnut aussit\u00f4t pour \u00eatre tomb\u00e9e du ciel. Il me montra ensuite celle qu\u2019il avait : elle \u00e9tait en tout semblable aux n\u00f4tres. (p.16)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Cette derni\u00e8re phase est signe de l\u2019habilet\u00e9 de Biot dans son enqu\u00eate : montrant la pierre de Barbotan \u00e0 un paysan, a priori non min\u00e9ralogiste, celui-ci la reconna\u00eet imm\u00e9diatement comme tomb\u00e9e du ciel, comme celles que le paysan avait eu l\u2019occasion de voir suite au ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Au milieu de son rapport, les indices relev\u00e9s permettent \u00e0 Biot de dresser des conclusions pr\u00e9liminaires :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Il y a eu aux environs de l\u2019Aigle, le mardi 6 flor\u00e9al an 11, vers une heure apr\u00e8s-midi, une explosion violente qui a dur\u00e9 pendant cinq ou six minutes, avec un roulement continuel. Cette explosion a \u00e9t\u00e9 entendue \u00e0 pr\u00e8s de trente lieues \u00e0 la ronde (\u2026) Quelques instants avant l\u2019explosion de l\u2019Aigle, il a paru dans l\u2019air un globe lumineux anim\u00e9 d\u2019un mouvement rapide (p.18-19) <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Apr\u00e8s avoir attest\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne (boule de feu et bruit d\u2019explosion), Biot va s\u2019int\u00e9resser aux chutes des pierres, en essayant de les relier au ph\u00e9nom\u00e8ne :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Les premiers renseignements que je re\u00e7us \u00e0 l\u2019Aigle me furent donn\u00e9s par le citoyen Humphroy, et sont relatifs \u00e0 une pierre pesant 8k56, que l\u2019on dit \u00eatre tomb\u00e9e \u00e0 la Vassolerie, village situ\u00e9 \u00e0 une lieue au nord de l\u2019Aigle. (p.20)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Tout \u00e0 coup, ils entendirent au-dessus de leurs t\u00eates un bruit de tonnerre effroyable (\u2026) Le jeune homme dit \u00e0 ses fr\u00e8res de se coucher par terre, de peur d\u2019\u00eatre emport\u00e9s. Alors ils entendirent dans le pr\u00e9 voisin un terrible coup, qu\u2019ils comparent \u00e0 celui d\u2019un tonneau plein qui tomberait de haut.(\u2026) J\u2019ai examin\u00e9 avec notre confr\u00e8re Leblond le trou d\u2019o\u00f9 cette masse a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e (\u2026) Peut-on raisonnablement supposer qu\u2019une masse aussi consid\u00e9rable e\u00fbt exist\u00e9 depuis longtemps sans avoir \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9e ? (p.22)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Ce t\u00e9moignage est important, puisqu\u2019il relie le bruit, donc le ph\u00e9nom\u00e8ne, \u00e0 la chute d\u2019une pierre, qui ne pouvait pas exister avant, v\u00e9rifie Biot. Biot commence alors la caract\u00e9risation, d\u00e9marche scientifique, de ces pierres ; cette caract\u00e9risation permettait aussi de renforcer sa conviction que ces pierres \u00e9taient nouvelles, li\u00e9es au ph\u00e9nom\u00e8ne :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>[Les habitants de cette ferme] virent tomber deux pierres dans leur cour : l\u2019une, dont ils me montr\u00e8rent encore la place, sifflait en tombant ; elle \u00e9tait br\u00fblante, car la terre fumait tout alentour. (p.25) Tout le monde s\u2019accorde \u00e0 dire que ces pierres fumaient sur la place o\u00f9 elles venaient de tomber. Port\u00e9es dans les maisons, elles exhalaient une odeur de soufre si d\u00e9sagr\u00e9able qu\u2019on fut oblig\u00e9 de les mettre dehors. (p.27)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Puisque les paysans avaient sur le lieu m\u00eame, et en peu d\u2019instants, d\u00e9tach\u00e9 tant de fragments de cette masse min\u00e9rale, il para\u00eet qu\u2019elle n\u2019avait pas alors l\u2019excessive duret\u00e9 que nous lui trouvons aujourd\u2019hui (\u2026) Or un passage aussi prompt d\u2019un \u00e9tat friable \u00e0 une solidit\u00e9 compl\u00e8te annonce la pr\u00e9sence d\u2019une cause qui avait r\u00e9cemment troubl\u00e9 leur agr\u00e9gation. (p.23)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Cette derni\u00e8re phrase est int\u00e9ressante, elle annonce une caract\u00e9risation future des m\u00e9t\u00e9orites : ce sont des objets agr\u00e9g\u00e9s (et non constitu\u00e9s d\u2019un seul corps comme les min\u00e9raux), dont la solidit\u00e9 est \u00ab troubl\u00e9e \u00bb par le brusque passage dans l\u2019atmosph\u00e8re qui les \u00e9chauffe et les rend friables, avant qu\u2019elles ne retrouvent une temp\u00e9rature normale et une solidit\u00e9. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Biot passe ensuite \u00e0 un aspect inattendu de son enqu\u00eate, une \u00e9tude de la sociologie des t\u00e9moins :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>C\u2019est d\u2019abord une dame tr\u00e8s respectable, qui ne peut avoir aucun int\u00e9r\u00eat d\u2019en imposer ; ce sont deux eccl\u00e9siastiques qui ne peuvent, sans aucun motif, avoir l\u2019intention d\u2019alt\u00e9rer la v\u00e9rit\u00e9 (p. 28) <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Dans le nombre se trouvent des hommes faits, des femmes, des enfants, des vieillards ; ce sont des paysans simples et grossiers, qui demeurent \u00e0 une grande distance les uns des autres ; des laboureurs plein de sens et de raison ; des eccl\u00e9siastiques respectables, des jeunes gens qui, ayant \u00e9t\u00e9 militaires, sont \u00e0 l\u2019abri des illusions de la peur : toutes ces personnes, de professions, de m\u0153urs, d\u2019opinions si diff\u00e9rentes, n\u2019ayant que pu ou point de relations entre elles, sont tout \u00e0 coup d\u2019accord pour attester un m\u00eame fait, au m\u00eame jour, \u00e0 la m\u00eame heure, au m\u00eame instant (p.41) <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Enfin, Biot, apr\u00e8s avoir reli\u00e9 les pierres chues au ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019explosion, va s\u2019attacher \u00e0 d\u00e9limiter la zone exacte de chute. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un travail important, qui appara\u00eet peut-\u00eatre moins dans la relation qu\u2019il fait, visant \u00e0 d\u00e9terminer la trajectoire visible du m\u00e9t\u00e9orite :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>D\u2019apr\u00e8s la course que je venais de faire, je connaissais les limites de l\u2019explosion au sud, \u00e0 l\u2019est et au nord (p.33)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>S\u2019il e\u00fbt \u00e9clat\u00e9 en un seul instant, les pierres eussent \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es sur une \u00e9tendue \u00e0 peu pr\u00e8s circulaire ; mais la dur\u00e9e du bruit annonce une suite d\u2019explosions successives qui ont d\u00fb r\u00e9pandre des pierres sur une \u00e9tendue allong\u00e9e dans le sens suivant lequel le m\u00e9t\u00e9ore marchait (\u2026) On en conclura que le m\u00e9t\u00e9ore marchait du sud-est au nord-ouest, par une d\u00e9clinaison d\u2019environ 22\u00b0 (p.44)<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Et, pour parfaire son \u00e9tude de la zone g\u00e9ographique, Biot se rend un dimanche matin au march\u00e9 de l\u2019Aigle, recoupant ainsi les d\u00e9clarations des paysans :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Je les interrogeai, et, d\u2019apr\u00e8s les r\u00e9cits qu\u2019ils faisaient sur le m\u00e9t\u00e9ore, je pus constamment d\u00e9terminer le canton qu\u2019ils habitaient, car ceux qui avaient vu tomber des pierres \u00e9taient en-de\u00e7\u00e0 des limites que j\u2019avais parcourues, et ceux qui n\u2019en avaient pas vu tomber \u00e9taient en dehors (p.38) <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">A l\u2019issue de son voyage de dix jours, Biot tire sa conclusion d\u00e9finitive :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>On n\u2019a jamais vu, avant l\u2019explosion du 6 flor\u00e9al, de pierres m\u00e9t\u00e9oritiques entre les mains des habitants du pays.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Les collections min\u00e9ralogiques, faites pour recueillir les produits du d\u00e9partement, ne renferment rien de semblable (\u2026) Les fonderies, les usines, les mines des environs n\u2019ont rien dans leurs produits ni dans leurs scories qui ait avec ces substances le moindre rapport. On ne voit dans le pays aucune trace de volcan. <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Tout \u00e0 coup, et pr\u00e9cis\u00e9ment depuis l\u2019\u00e9poque du m\u00e9t\u00e9ore, on trouve ces pierres sur le sol et dans les mains des habitants du pays, qui les connaissent mieux qu\u2019aucune autre (\u2026) Ces pierres ne se rencontrent que dans une \u00e9tendue d\u00e9termin\u00e9e, sur des terrains \u00e9trangers aux substances qu\u2019elles renferment, dans des lieux o\u00f9 il serait impossible qu\u2019en raison de leur volume elles aient \u00e9chapp\u00e9 aux regards.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>Les plus grosses de ces pierres, lorsqu\u2019on les casse, exhalent encore une odeur sulfureuse tr\u00e8s forte dans leur int\u00e9rieur.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Et, apr\u00e8s avoir fait analyser par Th\u00e9nard au Mus\u00e9e d\u2019histoire naturelle la composition des pierres de l\u2019Aigle :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\"><i>On voit, par cette analyse, que les pierres tomb\u00e9es aux environs de l\u2019Aigle sont compos\u00e9es des m\u00eames principes que les masses m\u00e9t\u00e9oriques jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent connues ; elles contiennent seulement un peu moins de magn\u00e9sie, et un peu plus de fer.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: x-large;\">Comme on l\u2019a indiqu\u00e9, ce rapport d\u00e9taill\u00e9 de Biot est la premi\u00e8re preuve par un savant de l\u2019origine non terrestre des chutes de m\u00e9t\u00e9ores. Mais la science \u00e9tait loin de s\u2019arr\u00eater l\u00e0. M\u00eame chez les savants qui acceptaient l\u2019origine non terrestre des m\u00e9t\u00e9ores, certains pensaient qu\u2019ils se formaient dans l\u2019atmosph\u00e8re, ce qui est faux comme on le sait maintenant. Biot lui-m\u00eame, comme la quasi-totalit\u00e9 des savants fran\u00e7ais, Laplace et Poisson notamment, \u00e9tait convaincu de l\u2019origine extraterrestre des m\u00e9t\u00e9orites, mais en attribuait la cause aux \u00e9ruptions de ce qu\u2019on croyait \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9poque les volcans de la Lune. Parmi les savants de l\u2019\u00e9poque, c\u2019est le physicien allemand Ernst Chladni (1756-1827) qui, le premier, en 1794, conjecturera que les m\u00e9t\u00e9orites sont de petits corps du syst\u00e8me solaire entrant dans le champ de gravitation de la Terre. <\/span><\/span><\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Fac-simil\u00e9-du-rapport-original-de-Jean-Baptiste-Biot-sur-la-m\u00e9t\u00e9orite-de-LAigle.pdf\">Fac-simil\u00e9 du rapport original de Jean Baptiste Biot sur la m\u00e9t\u00e9orite de L&rsquo;Aigle<\/a><\/h3>\n<p align=\"justify\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Par Alexandre Moatti, directeur de la publication de www.science.gouv.fr\u00a0 &#8211; F\u00e9vrier 2008 &#8211; Le 7 messidor an XI (26 avril 1803), un m\u00e9t\u00e9ore a paru aux environs de l\u2019Aigle (Orne). Sur les instructions de Chaptal, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Jean-Baptiste Biot, \u00e2g\u00e9 de 29 ans, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences depuis avril, part \u00e0 l\u2019Aigle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1953","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1953","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1953"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1953\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2000,"href":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1953\/revisions\/2000"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1953"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1953"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesamisdelaigle.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1953"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}